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    "  Pour ce qui est de Ben et son groupe, ils appartenaient manifestement à le catégorie des rockeurs, la moins intéressante : les rockeurs de nos jours ne brisent plus leurs guitares. Pire, ils manquent d’identité, s’étant fait piquer les insultes par les rappeurs, les drogues par les musiques électro, les filles par les sportifs. Ils entonnent avec la même nostalgie les Beatles ou Red Hot Chili Peppers comme autant de chants d’église. Nous manquions de ces stars adulées et brillantes - des météores - qui parviennent à coaguler la jeunesse, à la faire avancer dans un même sens puis à la projeter à l’âge adulte en mourant brutalement. Nos  aînés avaient pleuré Kurt Cobain comme nos parents avaient pleuré Marilyne, James Dean ou les Beatles et comme nos grand-parents pleuraient leurs frères partis en guerre. Etre adulte, c’est avoir pleuré quelqu’un, avoir trop pleuré, mais nos chanteurs étaient incapables de susciter cela chez nous. Pas vraiment mythiques, pas vraiment prêts à mourir avec éclat, ils se contentaient d’amasser des tunes en râlant contre le piratage internet. Leur message artistique était par conséquent on ne peut plus clair.

    J’en étais à ces pensées là. Pas très gaies il faut dire et Charlotte et Nico roucoulaient toujours. Eux, ils en étaient au sport. Nico assurait qu’il était avait fait 10 ans de basket alors que la seule fois où je l’ai vu toucher un ballon, il s’est pété une dent. Nico est un ami, mon ami, un ami d’enfance. Depuis la mort d’Anaïs, c’est même mon dernier ami. Il n’a rien à faire avec celle-là.

    Pragmatique, Charlotte faisait le tour des questions pour voir si elle avait à faire à un mec bien : musique, voyages, sport, études, bientôt, elle allait demander la taille de son sexe et un bilan d’analyse de son sperme et puis, sa petite affaire serait faite, ils se marieraient gentiment. Charlotte dans sa mousseline blanche, et Nico, en joli costume, rosé comme un cochonnet, les mains jointes dans l’Eglise. Il ferait un discours ampoulé en racontant avec nostalgie le Bar-bu où ils avaient fait connaissance, il aurait toutes les dents très blanches, refaites en céramique  pour avoir voulu réessayer le basket, il serait bouffi d’orgueil et de satisfaction, en type qui vient de conclure une bonne affaire. Elle, maligne, dans une robe traditionnelle, attendrait le cadeau de mariage, espérant un voyage à Ouagadougou, un peu déçue en  découvrant les assiettes roses et blanches avec les colombes et l’aspirateur multifonction mais n’en laissant rien paraître, belle et sage à son habitude.  Toutes ces images, ça me fit une nausée si bien je me retournai, dégouttée. Je pensai à Anaïs, si sombre, si brune, si intéressante, si torturée, au Nico de l’époque avec ses cheveux qui lui arrivaient au milieu du dos, ses airs décalés, ses cernes sous les yeux.  Je ne comprenais pas que les gens puissent changer à ce point."

     

     

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