Alors ce sera ça ta vie...
Lever 7h, préparer, emmener les enfants à l'école, aller au boulot, un boulot chiant évidemment, mais tous les boulots ne sont-ils pas chiants sinon on te payerait pas pour le faire ma pauvre, sinon ça s'appelle un hobby, une passion, pas un boulot, bref, passer la journée au boulot jusque 18h et puis reprendre la voiture dans l'autre sens et récupérer les morveux, le bain, le repas, les devoirs faits à l'arrach. parce qu'on n'en peut plus, les cris le soir parce qu'ils n'en peuvent plus non plus, coucher tout le monde, ouf, une demi-heure de calme et puis aller se doucher, seul bon moment de la journée, sentir l'eau qui enlève la crasse de la journée, régler le robinet à fond, le plus chaud possible, sortir comme une écrevisse, rouge et enfin u peu réchauffée avec un vague sentiment de bien-être pour la première fois de la journée, c'est, sortir une machine ou faire un peu de rangement, s'engueuler un peu pour la route histoire de se rappeler qu'on est deux dans cette galère qi prend l'eau, puis aller se coucher, ne pas pouvoir lire, juste aspirer à dormir, éteindre toutes les voix en soi qui crient stop, ces mêmes voix qui vous réveilleront trois heures plus tard sous le coup dune heure du matin et vous tiendront éveillée jusque cinq avec un seul discours: ça ne peut plus durer, ça ne peut pas être ça ma vie, ça fait une demi décennie que j'ai pas rigolé du tout, ça fait une dizaine d'années que je m'ennuie, mais tu le sais bien tous ces migrants qui rêvent de ton confort, eux ils n'attendent que ça, vivre ta petite vie misérable, ils attendent ce confort là, cette douche chaude le soir après avoir couché leurs enfants, cette vie en carton, ils en rêvent alors comment peux-tu oser....
Avoir envie de partir malgré tout mais pourquoi, pour où? Est-ce qu'on na pas tous envie de partir pour le regretter ensuite? Est-ce que le bonheur ce n'est pas justement ces journées de répétition mornes et sans aucun imprévu, ça s'appelle la sécurité, la stabilité, et tout le monde court après ça... Alors tu continueras, les années qui suivent, jour après jour, à jouer cette comédie en essayant de ne pas trop te poser de questions puisque c'est ça le mode d'emploi qu'on t'a vendu, tu partiras en vacances quelques jours pour revenir aussi vite, tu n'oseras pas dire que tu te sens morte à l'intérieur, éteinte par cette routine mortifère, que le travail t'apporte autant de bonheur que de pisser jour après jour dans une coquille vide, que tes enfants sentent bien le problème et deviennent infects, ou te posent des questions gênantes, pourquoi tu rigoles jamais maman, alors tu t'accrocheras pour eux, tu continueras jour après jour.
Un jour toutes ces années passées, toutes ces années perdues te sauteront à la gueule et tu mettras un grand coup de dynamite dans tout cet ordre apparent, et les gens ne comprendront pas, pourquoi brise-t-elle son bonheur, elle avait tout pour être heureuse, le café le matin et la douche chaude le soir, et tu voudrais leur dire qu'être heureuse pour toi c'est avant tout se sentir vivant et que tu as l'impression d'être un automate, toujours debout, robotisé mais ne ressentant plus rien et que tu donnerais n'importe quoi pour ressentir quelque chose de vrai une fois, une dernière fois dans ta vie.