• Je fais partie de la génération Y. celle en gros née dans les années 80. Et je constate chaque jour le fossé qui me sépare de la génération Z, née dans les années 90. Et de la difficulté de communiquer avec cette génération. Et du fait que je me sens vraiment comme une vieille conne aigrie en sa présence, tant nous ne partageons plus les mêmes références, les mêmes valeurs, les mêmes modes de vie. Si je caricature la génération des filles de mon époque, nous étions divisées en deux groupes: les filles star du collège un peu superficielles, souvent pas très douées à l'école mais avides de garçons, de clopes et de sorties en boîtes de nuits, celles qui avaient des scooters, une super popularité mais pas des supers résultats. Et puis les "autres", les bûcheuses, les pas forcément très drôles, un peu introverties, bien conscientes qu'il faudrait qu'elles bossent dix fois plus que les hommes pour faire leur place, pas spécialement à l'aise en leur présence, pas forcément très joviales mais passionnées par plein de domaines, le sport, les livres, la nature.... Dans ce groupe là, il n'était pas mal vu de n'être ni maquillé ni habillé à la mode, au contraire, nous mettions un soin particulier à se donner une apparence grunge, un peu destroy, pour se différencier des filles qui misaient tout sur le physique. Pas de maquillage, cheveux naturels ramassés en une simple queue de cheval, jean, baskets et tee-shirt de sport. c'était notre tenue habituelle et nous l'affichions sans honte, elle faisait partie de notre personnalité. les hommes, nous avions appris à nous en méfier, surtout les plus âgés que nous, et à afficher une moue glaçante quand ils se montraient collants ou pressants. Ce que la plupart du temps, eu égard à notre style vestimentaire, ils n'étaient pas. Nos parents, notamment mon père, avaient toujours eu ce discours là: ne te focalise pas sur les garçons, construit ta vie de façon indépendante. Alors la vie de couple, c'était pour quand on serait vieux. Ce qui comptait, c'étaient les études, les loisirs, les voyages, le sport,  les amis. Le mariage, je ne me rappelle pas y avoir pensé une seule seconde dans mon adolescence. Rêver de voyages à l'autre bout du monde de journalisme de littérature, de passions, oui, mais de mariage, de famille, que nenni. Et je crois que beaucoup de mes amies étaient comme moi. nous étions réfractaires à tout ce qui implique un couple ou une famille, traumatisés par notre vie dans des familles souvent nombreuses dont notre mère étaient un peu les esclaves plus ou moins consenties, nous n'aspirions qu'à une chose: la liberté. Vivre seul et libre. Nous étions franches. Dans nos premières expériences professionnelles, nous n'hésitions pas à nous montrer très critiques sur le monde du travail, comme nous l'étions sur le mode de vie des adultes, comme nous l'étions sur nos pairs. Oui, nous avions un esprit très critique, peut-être trop. Ou lucide selon le point de vue. Nous étions abreuvées de théories féministes à la Simone du Beauvoir et croyons à l'importance de se construire seul, sans famille, sans conjoint forcément. 

    Les filles de la génération Z me font penser à des petites poupées trop parfaites. Parfaitement coiffées, épilées, et maquillées, elles semblent à l'aise aussi bien professionnellement que socialement. Elles ont incroyablement intégré les règles de vie de notre société capitaliste pour la femme moderne: avoir un travail valorisant et payé, souvent à base de comm et nouvelles technologies, tout en étant mère de famille, d'enfants qui seront la plupart du temps en crèche ou nourrice dès deux mois. Leur rêve: faire un grand mariage avec plein de fleurs et de dragées, un compte intagram un un blog personnalisé et une liste de mariage en ligne! Reprenant toutes les traditions familiales du début du vingtième siècle, il ne semble leur poser aucun problème de se marier en grande pompe si possible en rendant jalouses toutes les autres. Lers relations de couples me semblent gnagnan et superficielles, elle appellent leur petit ami "mon bébé" ou mon chéri, d'une voix suave, font des moues adorables, tentent de désamorcer tous les débuts de conflits par des yeux doux trop maquillés et des paroles apaisantes issues de vidéos de développement personnel vues sur youtube. Avec nos mecs, et on pas nos "bébés" ou "chéris", nous étions franches, incisives, parfois brutales, nous ne minaudions pas mais quand un conflit arrivait, nous n'hésitions pas à au choix nous barrer, l'insulter copieusement, crier plus fort que lui, ou mieux le mettre à terre par un tâcle bien senti. Pas de "oh, désolée mamour", " ce n'est pas ce que je voulais dire, en reformulant, ce serait plutôt que "... quand nous reformulions, c'était avec des gros mots et pas d'excuse suaves, nous étions sans doutes dures mais aussi honne^tes et sans compromis. Il fallait nous prendre comme nous étions, un peu brutes de décoffrage, et pas tout en arrondissement d'angles et adoucissements hypocrites. Mais quand nous étions bien, ou heureuses, l'homme le savait, ces moments là étaient vrais, pas créés de toutes pièces pour un objectif d'appareil photos, car nous avions une intimité, une vie de couple que nous répugnions à partager, fut-ce avec nos plus proches amis. Il ne nous serait pas venu à l'idée de montrer nos photos de vacances à deux-cent-soixante amis, ces trésors là, nous les avions vécus ensemble, c'étaient notre jardin secret, et inutile d'e parler pour qu'il existe aux yeux des autres. en fait, nous nous fichions bien de ce que pensaient les autres de nos vacances, de notre couple, de notre mode de vie. Nous n'étions pas dociles, sans doutes aussi piquantes que des hérissons, mais quand nous aimions, nous aimions vraiment, avec passion, et l'autre devenait irremplaçable. Je note avec une certaine amertume que de plus en plus d'hommes de ma génération tendent à choisir leur compagne parmi la génération Z, plus docile, plus jolie, plus jeune, plus malléable sans doute.  A l'inverse, les filles de ma génération sont souvent vues comme trop intransigeantes, trop chiantes, trop exigeantes avec l'homme. Et beaucoup ont choisi de rester seules, ou de se séparer après plusieurs années de vie commune. 

     

    Les filles de la génération Z sont souvent aussi  brillantes professionnellement, dans des métiers impliquant une apparence parfaite comme la comm ou le web ou le commerce, et elles semblent maîtriser leur image toujours impeccablement lisse. elles sont positives, très positives, trop positives à mon gout, au point de perdre parfois tout esprit critique et toute lucidité, toute remise en question du système et de la construction capitaliste mondialisée qu'est notre monde. Elles ne rêvent plus d'être fonctionnaires ou salariées mais se lancent dans du business en ligne dont elles disent bien gagner leur vie, ou bien sont salariées pour de gros groupes dans le marketing et la com', sans aucun recul sur leur employeur, sans aucun doute sur la place de celui-ci dans le monde et son humanisme. Au contraire, elles en chantent les louanges même en privé et se refusent à tout esprit critique sur les fonctions qu'elles occupent, pourtant souvent proches de la vacuité.

    Elles sont parfois vegan, ou meetoo, ou adeptes de ce genre de mouvements à la mode, sans avoir vraiment le recul philosophique nécessaire, juste comme on adhère à un club parce que toutes ses copines en font partie (je ne veux pas manger des animaux parce que c'est maaal, et je ne veux pas qu'un garçon me touche les fesses si je ne l'y ai pas autorisé expressément par un accord écrit ou verbal). Je ne les trouve pas stupides pour autant, au contraire, je suis assez captivée par leur incroyable adaptation au monde de l'image et à la société individualiste et basée sur la représentation. A force de tenir des profils facebook ou instagram, elles sont devenus des espèces de profils facebook en live, ne parlant que de ce qui va bien, toujours positives, bien maquillées et souriantes, et ne remettant jamais en questions le mode de vie parfaite qu'elles se sont érigées. Si l'on soulève un peu de noirceur dans ce monde, elles vont se raccrocher à leur positive attitude, à tout ce qui va bien, sans jamais voir le mal nulle part. J'ai perdu mes repères avec ces filles là. Manger un steack est un crime. Se faire mettre une main au cul par un homme est une honte mais pas poser topless sur instagram de son propre chef. J'ai du mal avec leurs valeurs, leur culte du corps et du physique parfait, leur haute idée de la représentation d'elles-mêmes. Il me semble y voir sans réellement pouvoir mettre des chiffres et des statistiques derrière, une américanisation de notre société, tout dans le paraître, tout dans un positivisme forcé, affiché comme un signe d'appartenance à une classe sociale supérieure et un moyen de nourrir son cercle social. Elles me rappellent ce formidable film américain qu'était Américan Beauty. Ce monde où les apparences comptent avant tout.

    Elles m'ennuient un peu, à force d'être lisses comme un profil facebook, avec leurs maquillages parfaits, leurs mariages parfaits, leurs enfants parfaits. Suis-je jalouse? Je jalouse leur jeunesse et leur adaptation incroyable au monde actuel, mais je préfère à cete représentation  les tourments, les doutes, la dark face de notre génération, la génération Y, qui, ayant eu 20 ans à la fin du siècle, s'est laissée aller à l'angoisse, la nostalgie, les passions, comme la génération des romantiques de la fin du 19 ème. Il me semble que notre génération était plus à même de vivre les choses vraiment, intensément. Tout me paraissait plus réel que maintenant où chacun se cache derrière le culte de l'écran. Nous pouvions lire des romans de 500 pages sans être interrompus par x SMS.  Nous pouvions partir en voyage et couper court à toutes communication pendant trois mois sans qu'on lance un avis de recherche. Nous étions plus libre et dans un monde plus réel.

    Oui, la génération actuelle m'ennuie, j'ai envie d’ébouriffer les brushings trop parfaits d'aller chercher au fond des âmes, au fond des êtres, au fond des tripes ce qui'l y a derrière cette apparente satisfaction, derrière ce spectacle d'une vie ravissante. J'ai envie de les entendre râler mais ça n'arrive jamais. Est-ce qu'elles s'emmerdent? Est-ce qu'elles emmerdent leur copain à force d'être dans cette maîtrise absolue de leurs corps, apparences, vie, émotions? Est-ce qu'elles sont vraiment heureuses derrière leurs masques trop maquillés? Est-ce qu'elles aiment pour de vrai? Qui sont-elles vraiment?

     


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  • Je me rappelle quand nous étions au collège, au lycée... le grand jeu de s'imaginer plus tard. De s'imaginer une fois adulte. Le vertige que c'était. bon, c'était sûr, on allait tous être rock star, ou sportif de haut niveau, ou reporter sans frontière. On allait être connu et reconnu, la société s'inclinerait devant nos talents respectifs. La nana qui faisait rire toute la classe, elle serait humoriste, c'était acté; et le beau gosse du collège serait acteur. Quant à elle, avec son physique de star, elle serait mannequin, ou épouse de milliardaire. Machin, qui se débrouillait tellement bien en escalade, deviendrait un alpiniste chevronné. Et trucmuche qui était déjà très fort en maths serait un chercheur connu à l'université. Chose machin serait écrivain, avec son regard aiguisé sur la vie et les choses.Quant à Bidule, il ne passerait pas la vingtaine, trop de drogues, d’alcool, de conduite en état d'urgence, trop d'addictions et pas assez de compromissions. Et puis nous voilà vingt ans après nos bières à la main. Et nous n'avons pas grand chose à nous dire. Alors nous avons joué aux grandes personnes, nous avons comparé nos enfants, nos salaires et nos logements, nous avons comparé nos physiques et notre consommation d'alcool, nous avons comparé tout ce qu'il y avait de comparable comme seuls les adultes savent le faire. Et nous étions un peu déçus. e rebelle, de star, il n'y avait plus guère. juste une vague reproduction de ce qu'étaient nos parents à notre âge. La nana tellement drôle est responsable de magasin quelque chose et pas humoriste, elle a toujours le mot pour rire et deux enfants qui la fatiguent un peu. Le type super fort en escalade travaille dans ce domaine mais n'en fait plus vraiment, ou de loin, autant que sa fonction de manager chose et ses trois enfants le lui permettent, c'est à dire très peu. Bidule n'est pas mort d'une overdose, au contraire, parfaite santé bidule, un bon poste, deux enfants, une femme sympa, un peu comme son père en fait. Et trucmuche est ingénieur en trucmuche et pas chercheur, il passe son temps à faire gagner du pognon à une grosse multinationale et a mis sa passion des maths un peu de côté pour des fonctions plus rémunératrices à base de business et de management. La fille super belle s'est mariée à un looser qui lui pompe tout son fric et n'est plus si belle que ça avec ses grosses cernes, ses deux gosses à gérer et ses problèmes de fric à raconter.  Les autres, les ternes, ceux dont on ne disait rien, ou pas grand chose, occupent des postes d'employés machin chose dans des boîtes en machin chose dont on ne dit pas grand chose non plus. Elle sont mamans avant tout, elles parlent sans cesse de la difficulté de conjuguer vie de famille et vie professionnelle, c'est même leur unique conversation, entre elles si possible. Tout se petit monde fait semblant d'être heureux de ce qu'il est devenu à grand renfort de bières et de plaisanteries de cul. Aucun n'est mort au final, défiant les prévisions de notre professeur d'histoire de 3ème qui avait dit que statistiquement, tous les groupes d'amis perdait l'un des leurs avant 25 ans. Nous snous sommes tous reproduit, ça, c'es le seul truc qui a bien marché. le boulot s'avère pour chacun décevant, sauf ceux qui en font des caisses pour prouver qu'ils kiffent leur boulot de manager machin truc afin de monter dans la valeur perçue par les autres. car le tentenaire n'avoue ni ses échecs, ni ses déceptions, be positive, c'est ce que nous enjoint la société en permanence, be positive, be attractive, not be you, juste be the best of you.

    Bref, chacun nous vend son modèle de vie et ss valeurs et son boulot et ses gosses mais au fond je suis déçue, ils ont tous, on a tous, fait comme nos pères, comme nos mères, les enfants de fonctionnaires sont restés dans le giron rassurant de la fonction publique, les fils d'entrepreneurs ont repris la boîte de papa, les fils de riches habitent de belles maisons payées par papa maman et les fils de moins riches des appartements douteux en faisant des professions de moins riches, en s'épuisant pour un smic mensuel. 

    et tout ça prétend avoir réussi et est assez content de lui, enfin surtout de ses enfants, présentés comme le sens, le but ultime de la vie, la récompense à toutes ces années de galère et de compromission avec ses idéaux. Ta vie de merde es justifiée, il faut bien payer les factures pour les enfants! Comme nos parents avant nous.

    On n'a pas fait mieux, on a plutôt fait pire, pas un pire romanesque, non, le pire de la banalité et de la médiocrité de leur propre existence. a croire que leur génération avait tout construit, tout investit, nous nous contentions de reprendre à notre compte ces vieux moules éculés ces vieux cadres périmés, la belle maison, les trois enfants et le chien pour compléter le tableau et les engueulades de couple et surtout aucune passion, aucune émotion, rien qui filtre dans ce quotidien parfait.

    Papa, maman, vous nous avez voulu libres et créateurs mais nous sommes tous de petits employés du capitalisme mondial et nous sommes bien pires que vous désolés!

     


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  • C'est l'histoire d'un mec qui est né en banlieue à Evreux. Un gars des banlieue au patronyme qui risque de lui porter préjudice. Assez intelligent pour s'en jouer, poursuivre des études et se faire un petit réseau dans le monde politique via des francs-maçons et un peu de piston maternel. C'est l'histoire d'un mec qui aimait bien la castagne. Et qui sans doute, a voulu allier son goût pour la bagarre et son goût pour la politique en jouant les gardes-du-corps pour de vieux présidents et élus chauves et qui sans doute a excellé dans ses fonctions. Au point de monter les échelons jusqu'à l'actuel président. C'est l'histoire d'une chance pour la France, la chance pour la France du peuple émigré qui vit en banlieue et dont tous les politiques de gauches vantent les mérites sans jamais vraiment le rencontrer. C'est l'histoire d'un mec qui a appris patiemment les codes de l'élite et a fini par se prendre son origine sociale en pleine gueule. L'illustration du triste proverbe, le naturel revient au galop. Le mec, échauffé sans doute par des bobos parisiens se prenant pour des rebelles, il oublie qu'il bosse pour le président de la République et il en profite pour aller castagner un ou deux  manifestants mignons sous tous rapports pourtant. C'est l'histoire d'un beur qui va taper un petit bourgeois comme à toutes les sorties d'école privées des quartiers sensibles. Les gamins se font casser des côtes en pleine rue, ça ne fait pas une affaire d'état. Mais là, ça se passe devant le nez du président de la république et accessoirement quelques caméras. Alors ça fait désordre. c'est l'histoire d'un mec qui a tout fait pour s'en sortir, qui a évolué de la ZUP a l'Elysée et qui se plante en beauté au dernier moment. C'est l'histoire d'une fatalité sociale? D'un coup, les Mélenchons de Gôche sont moins convaincus de voir dans cet homme une channnnce pour la France, et au lieu de saluer son parcours méritocratique et son intégration presque sans faute, ils plongent dans la faille. Quant aux lepeniste de toutes générations, ils sont bien contents de voir que cet Alexandre n'est pas aussi Alexandre qu'il n'y paraît et qu'il a autant merdé que les crânes vides et rasés qui leurs servent habituellement de garde-du-corps. pour une fois que la violence n'est pas dans leur camps, les voilà qui s'insurgent et se gaussent et se gobergent. Plus républicains et pacifistes que jamais. Choqués de milices qu'ils voulaient rétablir il n'y a pas si longtemps. C'est l'histoire de toute l'hypocrisie du monde politique français. L'histoire qui illustre l'aveuglement total de la gauuuche qui adore les immigrés surtout quand ils ne bossent pas pour eux et restent bien au chaud dans leurs quartiers. L'histoire qui illustre la duplicité de la Droite, qui aime bien utiliser la violence mais seulement quand elle s'exerce à l'encontre des migrants. C'est l'histoire d'une inversion sociale. Qui est la victime, qui est le bourreau, le jeune d'origine immigrée qui a tout fait pour s 'en sortir mais ne maîtrise pas encore tous les codes du sérail ?(il le vivra ainsi d'ailleurs, comme une violence contre celui qui n'est pas du sérail, de Science-Po ou HEC). Le manifestant des beaux-quartiers qui, s'attendant à tomber sur des CRS muselés comme ils le sont en général pour éviter tout scandale, s'est pris toute la violence ordinaire des quartiers dans la gueule (et qui retournera vite à ses études de fils à papa après cette carrière de Che Guevara de courte durée)? Le passage a tabac en règle qu'ils ont subi n'est pas plus violent que celui que subissent des milliers de jeunes, juifs, blancs, beurs, noirs, homo, dans les quartiers sensibles, et sur lesquels ferment les yeux allègrement les politiques de tous bords. Rien à voir, circulez.

    C'est l'histoire de la fracture sociale française, du type qui voulait s'appeler Alexandre mais reste quelque part un Benalla et sera jugé comme un Benalla, un petit voyou des quartiers vite redescendu du pied d'Estale où il s'était propulsé. L'histoire de celui qui s'appelait Alexandre pour de vrai mais a voulu jouer les Bonnie and Clyde un jour férié entre deux partiels pour connaître le grand frisson. C'est l'histoire d'une fracture sociale entre Alexandre et Benalla, de plus en plus en lutte, incompris dans les villes, les quartiers, les écoles, les tribunaux de France... C'est l'histoire dont on n'avait pas besoin après la coupe du monde, l'anti-Mbappé et l'anti-Umtiti, la preuve par l'exemple de la difficulté d'accéder au pouvoir quand on vient de tout en bas. L'histoire qu'adorerait Bourdieu et tous les déterministes et psychanalystes. Le sur-moi de Benalla, son inconscient, semble lui avoir rappelé violemment ce qu'il était, un petit caïd des banlieue sans  loi mais avec la foi, au pire moment d'exposition médiatique. Pas de bol Alexandre, dans notre monde à nous, il y a les cours de krav-maga pour faire ça et encore, pas trop fort, mais c'est tout. 

    Alexandre, je ne peux m'empêcher de ressentir un peu d'empathie pour toi....

    Quant à Macron, habile illusionniste, il continuera de sourire sur les selfies et serrer les mains des puissants sans plus serrer la tienne. Il t'a donné ta chance, tu l'as perdue, bêtement, stupidement, il te restera les supermarchés et les discothèques pour jouer au vigile si ton casier judiciaire n'est pas trop entaché. Personne n'aura pitié de toi, et tu retourneras à Evreux ou Rillieux ou Venissieux. 

    Benalla a gagné, Alexandre a perdu, vaincu par knock-out. 


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  • J'ai appris la mort de Rémi hier... On ne peut pas dire que ça m'a fait vraiment quelque chose. J'arrive à un âge où j'ai déjà eu plusieurs morts dans mon entourage, certains bien plus jeunes ou plus proches que Rémi. En vrai, je n'ai rien ressenti du tout. Peut-être si, peut-être juste le soulagement de me sentir moins seule avec mes doutes et mes angoisses sur le temps qui passe et ma difficulté à être adulte. A accepter la vie de compromission que c'est. Un étrange sentiment de proximité avec ce Rémi que je ne connais que de loin. Quand j'avais 20 ans, il y a plus de quinze ans donc, Rémi, c'était la star. Le gars capable de poser dans les magazines de mode tout en enchaînant à vue des voies d'escalade en solo. Le type beau, très beau, version gravure de mode, il finançait ses sorties d'alpinisme en posant torse nu pour des marques de parfum ou de fringue. Mannequin et alpiniste, courageux au-delà du possible, voire téméraire. ses exploits passaient de bouche à oreille dans les vestiaires de la salle d'escalade que je fréquentais alors, et c'était toujours avec un mélange d'admiration, voire de fascination mêlé à des reproches plus graves "inconscient, fou, téméraire". Voilà ce qu'on disait de lui derrière. Mais devant, tout le monde se taisait. Personne ne lui a jamais signalé de vive voix les fois où il dépassait les lignes jaunes, voire les lignes rouges du risque vital. Ca faisait partie du jeu, de son jeu. Rémi, quand il grimpait, il y avait toujours une espèce de silence autour de lui qui s'installait, tout le monde le regardait bouche bée. Apollon, c'était lui. Il ne m'a jamais attirée. Trop parfait, trop distant, trop inaccessible. Toujours au bras de nana au physique de mannequin. Aucune chance pour moi. Et puis quelque chose de distant, de lointain dans le regard. Peut-être que je dis ça maintenant après coup, comme on cherche toujours des explications  à un fait à priori incompréhensible. Peut-être qu'à l'époque, il était vraiment heureux. Je ne le crois pas. je ne crois pas qu'on se lance de tels défis, escalader des montagnes en solo, par hasard. Bref, Rémi s'est pendu dans son jardin il y a quinze jours. Il avait fini par se ranger: un travail bien rémunéré, deux filles, une belle maison avec jardin, une femme magnifique, toujours autant de passions sportives. Et ce n'est pas de la littérature pour dire, je n'exagère rien à l'aura du personnage, à ses performances en montagne, ni au fait qu'il avait tout pour être heureux.  Et Rémi s'est pendu à 37 ans pour une banale histoire de discorde avec ses beaux-parents. Je n'en saurai pas plus, je n'étais rien pour lui. Et je n'arrive pas vraiment à être triste ni étonnée. Je n'ai pas été proche de lui, je n'en connaissais que la légende, les dépressifs s'évitent plus qu'ils ne s'attirent, inquiets de percevoir son double en miroir dans les yeux de l'autre. Je n'ai jamais rêvé de Rémi ni de ses exploits, lui préférant un garçon plus terre à terre. Je pense à sa femme, à ses filles, qui doivent tellement se poser de questions, culpabiliser peut-être, alors qu'elles n'y sont pour rien. Il me semble qu'une partie de moi le comprend au millième degré sans avoir le courage de jamais en faire autant. Les mots que l'on peut poser sur ce choix semblent si absurdes, si ridicules. Rémi est mort, une légende de la montagne a disparu bêtement, ceux qui le connaissaient disent tous unanimement, je pensais que ça se serait passé en montagne. Mais non, au fond de son jardin où ses filles font de la balançoire. Merde Rémi quoi.... Merde, et qui sera le prochain? 


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  • Je suis trop jeune pour mon âge.

    Trop jeune pour mon âge parce que j'ai du mal à me résigner. Trop jeune pour mon âge parce que j'ai du mal à m'intéresser aux sujets de conversation des adultes. Trop jeune pour mon âge parce que j'ai toujours l'impression que je peux tout envoyer en l'air, tout larguer pour un nouveau départ. Trop jeune pour mon âge parce que je sens encore cette lumière, cette énergie qui vous pousse à prendre des décisions totalement aberrantes pas si loin derrière moi. Trop jeune pour mon âge parce que je peux prendre des billlets d'avion sur un coup de tête après avoir réfléchi une minute trente. Trop jeune pour mon âge parce que je ne sais jamais ce qu'il reste sur mon compte en banque. Trop jeune pour mon âge parce que j'aimerais avoir tout le temps vingt ans. Trop jeune pour mon âge parce que je porte un Eastpeak sur une seule épaule et met ma casquette à l'envers et mon fils se fout de ma gueule et me dit que je suis pas une ado. Trop jeune pour mon âge car il m'arrive encore de paniquer quand j'ai mes règles et de m'en foutre de partout. Trop jeune pour mon âge car j'attends toujours l'avis de mes parents avant de prendre une vraie décision. 

    Je suis trop vieille pour mon âge.

    Trop vieille pour mon âge parce que je suis déjà morte plusieurs fois. Trop vieille pour mon âge parce que j'ai eu plusieurs vies qui n'avaient rien à voir entre elles. Trop vieille pour mon âge parce que ces vies là sont cachées dans les méandres de mon cerveau prêtes à ressurgir. trop vieille pour mon âge parce que je n'ai pas lu un livre avec une idée nouvelle depuis au moins dix ans. trop vieille pour mon âge parce que je ne parviens pas à m'enthousiasmer. Trop vieille pour mon âge parce que je ne parviens plus à pleurer devant un livre ou un film, tout me semble dix fois moins violent que la vie en vrai. Trop vieille pour mon âge parce que je suis un coeur de pierre et je n'arrive plus à aimer vraiment. Trop vieille pour mon âge parce qu'il m'arrive de souhaiter la fin. Trop vieille pour mon âge parce quand je vois des jeunes couples amoureux, je sais bien que cela ne m'arrivera jamais plus. Trop vieille pour mon âge car je suis plus souvent triste et en colère que joyeuse. Trop vieille pour mon âge car quand je vois les vieux qui écoutent d'un air distrait et de moins en moins intéressé les conversations humaines, je les comprends, car j'ai déjà tout vu et tout entendu. 

    Pardonnez moi, j'ai 37 ans. 


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