• La battue de chasse

    Ou comment j'ai raté le poste de ma vie...

    Musée haut musée bas... Le nom d'une pièce de théâtre très drôle que j'ai vue il y a quelques années. Celle ci s'avère un peu moins drôle malheureusement.

     J'ai postulé pour le job de mes rêves dans un musée et  pour la première fois, je suis retenue en entretien...

    J'ai révisé un peu forcément. Pas trop non plus, parce que. Parce qu'on ne peut pas rattraper 15 ans de culture scientifique en 15 jours. Parce que j'ai pensé que ma bonne humeur, mon sourire, mon envie seraient déterminants, parce que je n'ai pas voulu m'épuiser en soirées à bachoter alors que mon fils  attend ses histoires de Tom-Tom et Nana, que je ne le vois que deux heures par jour et donc ces deux heures là, elles sont pour lui et après, je suis bien trop fatiguée pour quoique ce soit.

    Le jour de l'entretien, moi sur les lieux la veille pour conjurer mon habituelle poisse des transports, les amis qui m'invitent au resto, une soirée où je rirais peu, le stress déjà, une nuit entière à angoisser et puis le lendemain matin, les yeux cernés par une insomnie de quatre heures, l'envie de partir en pleurant, de laisser à jamais tout projet professionnel. 

    J'y vais quand même, j'attends pendant une heure, m’escrimant à sourire aux secrétaires qui déambulent, je tente d'être polie avec tout le monde, de cacher ma mine cernée, épuisée.

    On me fait enfin signe. j'entre. Je souris. je me sens très petite et très maigre dans cette salle  étrange où trois personnes me scrutent avec intérêt. Que pensent-elles? Voient-ils dans mes yeux cernés la preuve des sacrifices consentis pour venir - une négociation au travail pour avoir un congé sans en dire la cause, des milliers de mensonges qui me rendent suspectes, des heures sur internet à tenter de cerner le poste, un trajet long, une nuit hors de chez moi, des heures à organiser le retour ? Ou ne voient-ils qu'une fille fragile qui va tomber en arrêt maladie à la première mise sous pression? 

    Première question  sur les battues de chasse (?) celle-là, je m'en souviendrais toute ma vie, mon avis sur les battues de chasse, je déteste la chasse,c'est un monde qui m'est totalement étranger et je n'y connais rien du tout, mais j'imagine qu'il peut parfois y avoir une utilité dans la régulation de certaines espèces. Même si à titre personnel, je ne peux comprendre le plaisir des mises à morts. 

     

    Ca c'est mon avis éclairé après un mois à ressasser cette question. Autant dire qu'à dix heures du matin sous pression... le néant....

    La directrice insiste, elle veut mon avis sur les battues de chasse, c'est primordial pour travailler dans ce musée et moi je botte en touche, je parle vaguement des dangers, des risques des accidents de chasse, je m'enfonce, je m'enterre, mon joli rêve part déjà bien loin derrière moi, moi qui était persuadée d'être faite pour ce poste, moi qui suis passionnée de nature, de culture, de montagne depuis ma naissance, mais non, il y a des signes qui trompent pas, l'élu fait un rictus hésitant entre sarcasme et dégoût, la directrice rit aussi, de moi et pas avec moi, et je comprends que c'est mort, adieu le poste rêvé, tant pis pour moi, tant pis pour nous. Le monde grouille sans doute de spécialistes de la battue de chasse qui auront un avis plus éclairé que moi sur la chose. La suite sera à l'aune de cette première question, je bafouillerais des réponses vaseuses en tentant de garder le sourire, musée bas comme jamais.  Les questions fusent, me piègent, c'est moi la bête traquée, finalement, je crois que je comprends tout aux battues de chasse, à leur vaine cruauté.

    2 heures de train pour rentrer, deux heures à avoir envie de me jeter sous les rails, tout en flippant à imaginer des bombes d'Al-Quaida dans chaque sac... Ouaip, j'aime quand même la vie, même quand elle est triste à pleurer même quand chaque joie s'avère fausse deux jours après, qu'il ne reste que les infos morbides de la télévision pour se consoler d'être encore en vie.

    Et puis toujours vivante, toujours debout comme dit l'autre, le pote de toujours qui berce mes insomnies, alors continuer à avancer, à sourire, à travailler, ne pas baisser les bras...

     


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