• Et alors?

    Je me rappelle quand nous étions au collège, au lycée... le grand jeu de s'imaginer plus tard. De s'imaginer une fois adulte. Le vertige que c'était. bon, c'était sûr, on allait tous être rock star, ou sportif de haut niveau, ou reporter sans frontière. On allait être connu et reconnu, la société s'inclinerait devant nos talents respectifs. La nana qui faisait rire toute la classe, elle serait humoriste, c'était acté; et le beau gosse du collège serait acteur. Quant à elle, avec son physique de star, elle serait mannequin, ou épouse de milliardaire. Machin, qui se débrouillait tellement bien en escalade, deviendrait un alpiniste chevronné. Et trucmuche qui était déjà très fort en maths serait un chercheur connu à l'université. Chose machin serait écrivain, avec son regard aiguisé sur la vie et les choses.Quant à Bidule, il ne passerait pas la vingtaine, trop de drogues, d’alcool, de conduite en état d'urgence, trop d'addictions et pas assez de compromissions. Et puis nous voilà vingt ans après nos bières à la main. Et nous n'avons pas grand chose à nous dire. Alors nous avons joué aux grandes personnes, nous avons comparé nos enfants, nos salaires et nos logements, nous avons comparé nos physiques et notre consommation d'alcool, nous avons comparé tout ce qu'il y avait de comparable comme seuls les adultes savent le faire. Et nous étions un peu déçus. e rebelle, de star, il n'y avait plus guère. juste une vague reproduction de ce qu'étaient nos parents à notre âge. La nana tellement drôle est responsable de magasin quelque chose et pas humoriste, elle a toujours le mot pour rire et deux enfants qui la fatiguent un peu. Le type super fort en escalade travaille dans ce domaine mais n'en fait plus vraiment, ou de loin, autant que sa fonction de manager chose et ses trois enfants le lui permettent, c'est à dire très peu. Bidule n'est pas mort d'une overdose, au contraire, parfaite santé bidule, un bon poste, deux enfants, une femme sympa, un peu comme son père en fait. Et trucmuche est ingénieur en trucmuche et pas chercheur, il passe son temps à faire gagner du pognon à une grosse multinationale et a mis sa passion des maths un peu de côté pour des fonctions plus rémunératrices à base de business et de management. La fille super belle s'est mariée à un looser qui lui pompe tout son fric et n'est plus si belle que ça avec ses grosses cernes, ses deux gosses à gérer et ses problèmes de fric à raconter.  Les autres, les ternes, ceux dont on ne disait rien, ou pas grand chose, occupent des postes d'employés machin chose dans des boîtes en machin chose dont on ne dit pas grand chose non plus. Elle sont mamans avant tout, elles parlent sans cesse de la difficulté de conjuguer vie de famille et vie professionnelle, c'est même leur unique conversation, entre elles si possible. Tout se petit monde fait semblant d'être heureux de ce qu'il est devenu à grand renfort de bières et de plaisanteries de cul. Aucun n'est mort au final, défiant les prévisions de notre professeur d'histoire de 3ème qui avait dit que statistiquement, tous les groupes d'amis perdait l'un des leurs avant 25 ans. Nous snous sommes tous reproduit, ça, c'es le seul truc qui a bien marché. le boulot s'avère pour chacun décevant, sauf ceux qui en font des caisses pour prouver qu'ils kiffent leur boulot de manager machin truc afin de monter dans la valeur perçue par les autres. car le tentenaire n'avoue ni ses échecs, ni ses déceptions, be positive, c'est ce que nous enjoint la société en permanence, be positive, be attractive, not be you, juste be the best of you.

    Bref, chacun nous vend son modèle de vie et ss valeurs et son boulot et ses gosses mais au fond je suis déçue, ils ont tous, on a tous, fait comme nos pères, comme nos mères, les enfants de fonctionnaires sont restés dans le giron rassurant de la fonction publique, les fils d'entrepreneurs ont repris la boîte de papa, les fils de riches habitent de belles maisons payées par papa maman et les fils de moins riches des appartements douteux en faisant des professions de moins riches, en s'épuisant pour un smic mensuel. 

    et tout ça prétend avoir réussi et est assez content de lui, enfin surtout de ses enfants, présentés comme le sens, le but ultime de la vie, la récompense à toutes ces années de galère et de compromission avec ses idéaux. Ta vie de merde es justifiée, il faut bien payer les factures pour les enfants! Comme nos parents avant nous.

    On n'a pas fait mieux, on a plutôt fait pire, pas un pire romanesque, non, le pire de la banalité et de la médiocrité de leur propre existence. a croire que leur génération avait tout construit, tout investit, nous nous contentions de reprendre à notre compte ces vieux moules éculés ces vieux cadres périmés, la belle maison, les trois enfants et le chien pour compléter le tableau et les engueulades de couple et surtout aucune passion, aucune émotion, rien qui filtre dans ce quotidien parfait.

    Papa, maman, vous nous avez voulu libres et créateurs mais nous sommes tous de petits employés du capitalisme mondial et nous sommes bien pires que vous désolés!

     


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